WASHINGTON / RankWire.AI / – Une rare altération génétique héréditaire augmente considérablement le risque de développer un cancer du poumon – d'environ 25 fois – et jusqu'à 60 fois chez les non-fumeurs, selon une étude publiée dans la revue Science. Cette étude, menée conjointement par le Dana-Farber Cancer Institute et le 23andMe Research Institute, a analysé les données génomiques anonymisées de plus de 3,3 millions de personnes. Les chercheurs ont identifié la variante germinale, connue sous le nom d'EGFR T790M, comme l'un des facteurs de risque héréditaires de cancer du poumon les plus puissants identifiés à ce jour.

Cette mutation se situe dans le gène du récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR), qui joue un rôle dans la régulation de la croissance et de la division cellulaires au sein du tissu pulmonaire. Alors que les mutations somatiques de l'EGFR, acquises au cours de la vie, sont des facteurs de risque bien établis du cancer du poumon non à petites cellules, la mutation germinale T790M est transmise dès la naissance et présente dans toutes les cellules. Selon les données de l'Institut national du cancer, environ une personne sur 15 850 aux États-Unis est porteuse de cette mutation. Le Dr Jaclyn LoPiccolo, auteure principale de l'étude, a souligné que les porteurs de cette variante ont environ 62 fois plus de risques de développer un cancer du poumon s'ils n'ont jamais fumé, contre environ 11 fois plus pour les anciens fumeurs.
L'analyse de la généalogie génétique a révélé une concentration disproportionnée de la mutation EGFR T790M dans les populations du sud des Appalaches, notamment dans certaines régions du Tennessee et de l'Alabama. Les généticiens évolutionnistes ont retracé l'origine de cette mutation jusqu'aux colons britanniques et irlandais ayant migré en Amérique du Nord à l'époque coloniale. Sa fréquence a augmenté suite à un goulot d'étranglement génétique survenu il y a environ 200 ans. Le Dr Pasi A. Jänne, auteur principal de l'étude, a souligné que, bien que le dépistage du cancer du poumon se concentre principalement sur l'exposition au tabac, la découverte de facteurs de risque génétiques significatifs ouvre la voie à un dépistage ciblé par tomodensitométrie à faible dose pour les porteurs non-fumeurs.
Une étude du Dana-Farber Institute analyse les données génomiques de 3,3 millions d'individus.
Soutenus par les Instituts nationaux de la santé (NIH), des essais précliniques et cliniques ont confirmé le lien étroit entre la mutation et le cancer du poumon, sans corrélation significative avec 17 autres cancers fréquents évalués dans l'ensemble de données. Les oncologues ont souligné que, bien que le tabac demeure la principale cause de cancer du poumon, l'incidence croissante de ce cancer chez les non-fumeurs constitue un problème de santé publique mondial majeur. Les entreprises pharmaceutiques, dont AstraZeneca, poursuivent le développement d'inhibiteurs de tyrosine kinase ciblés, tels que Tagrisso, pour traiter les cancers du poumon porteurs de la mutation EGFR une fois que les tumeurs ont progressé.
Le Dr Alexander Gusev, co-auteur principal de l'étude, a souligné qu'elle illustre comment une simple mutation ponctuelle héréditaire peut avoir un impact extrêmement important sur le risque de maladie. Les experts médicaux conseillent aux personnes ayant plusieurs membres de leur famille atteints d'un cancer du poumon, présentant des nodules pulmonaires multifocaux inexpliqués ou des origines ancestrales dans le sud des Appalaches de consulter un généticien. Les chercheurs ont noté que le fait d'être porteur de la mutation n'implique pas nécessairement le développement d'un cancer du poumon ; des facteurs environnementaux et des modifications génétiques secondaires influencent également la probabilité de transformation maligne au fil du temps.
Rôle du gène EGFR dans la régulation de la croissance cellulaire
Les recherches futures prévoient d'étendre les observations menées dans le cadre de l'étude INHERIT afin d'évaluer d'autres variants héréditaires du gène EGFR au sein de divers groupes ethniques. Des études longitudinales visent à identifier les facteurs environnementaux et les altérations génétiques secondaires qui expliquent pourquoi certains porteurs développent des tumeurs tandis que d'autres restent indemnes.
Les résultats détaillés relatifs à la génétique des populations, aux évaluations des risques et aux stratégies de dépistage restent accessibles via des bases de données médicales à comité de lecture et des portails de diffusion institutionnels. Les prochaines présentations lors de congrès internationaux d'oncologie mettront en lumière des données actualisées sur les biomarqueurs, susceptibles d'influencer les futures recommandations en matière de dépistage et de prévention.
L’article « Impact d’une mutation rare de l’EGFR sur la susceptibilité au cancer du poumon » est paru initialement sur Tunisia Update : actualités tunisiennes, actuelles et claires.
